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© Yvo Jacquier
Histoire de l'art et marché de l'art
L'histoire ne constate l'existence d'un marché constitué de l'art qu'à l'aube de l'ère moderne: à la toute fin du 19ème siècle. Auparavant, le principe du mécène protecteur et de la commande sur mesure faisaient loi.
Le nouveau système n'est véritablement installé qu'à partir des années 1930, quand la catégorie des marchands d'art a définitivement pris le relais des anciens commanditaires. Terme charmant et désuet : on se met à parler de "tableaux neufs".
La communication, qui se développe avec la rotative et son corrélat : l'actualité, permet le développement et la circulation rapide des idées et des informations. L'art moderne n'aura que partiellement profité de cette révolution à ses débuts. Les Surréalistes sauront au contraire profiter de l'aubaine, faisant école pour un siècle sur le thème de l'évènement, car chacune de leurs expositions en était un...
Le marché de la vente des oeuvres d'art
Le marché est organisé peu à peu par les marchands autour de leurs appartements privés qui deviennent boutiques puis galeries d'art.
Les salons et les foires, qui existaient déjà au 18ème siècle, renouvellent leur principe et mettent fin au monopole des académies. Les fortes personnalités de marchands comme Kahnweiler, Vollard ou Maeght assurent une dynamique et une crédibilité au circuit économique ainsi constitué.
Jusqu'à la fin du 20ème siècle, le circuit des galeries assume l'essentiel du marché de la peinture contemporaine. Celui de l'antiquité se déroule sur des modes comparables, mais intégre les salles des ventes et leurs commissaires priseurs. Les artistes entrent en contrat avec les galeries comme auparavant ils entraient au service des mécènes. Cet équilibre régulé durera jusqu'à la crise actuelle...
La vente des oeuvres d'art subit une crise
Cette crise est avant tout une remise en question.
1- Remise en question des valeurs du présent confrontées à celles du passé. Les peintures du début 20ème arrivent en masse sur le marché, leurs collectionneurs ne cédant pas forcément leur passion à leur héritiers...
2- Remise en question de la valeur des oeuvres : les habitudes ont établi des cotes que le public se met à contester.
3- Remise en question du mode d'appropriation des oeuvres. L'espace d'une galerie n'est plus forcément le lieu où le public aime à s'engager dans un achat. Il se met à préférer l'ambiance des foires et des salles des ventes, des biennales et des grands rassemblements. La vente des ouvres d'art ne se passe pas pour autant du marchand: il exerce autrement son métier. Le contact direct avec le peintre ou l'artiste reste mal résolu tant il pose des problèmes de disponibilité et de déplacement.
La situation se retrouve en partie entre les mains des institutions, dont ce n'est pas forcément la vocation première. On parle même de "phénomène pompier". Son intervention implique sur le marché de l'art des effets incalculables sur la création, de plus en plus orientée par ce pôle. La politique culturelle, quand elle influence la vente d'oeuvres d'art, fausse forcément le marché jusqu'à compromettre ses certitudes - quand il y en a. |