Menu.

Huile - Acrylique - techniques mixtes

Les techniques mixtes sont courantes dans la création contemporaine.
Yvo Jacquier © Artiste peintre contemporain

Inventaire des techniques

Chaque technique a ses atouts. Chaque artiste a ses ambitions. Le principe des techniques mixtes est de rendre ces deux constats amicaux. On appelle technique mixte l'association successive ou simultanée de plusieurs techniques différenciées, ce qui les sort de leur pure tradition. Chaque cas est particulier: chacun picore dans les rayons de l'histoire pour en faire son expérimentation personnelle. Il est impossible de dresser un catalogue raisonné de ce concept à géométrie variable. Depuis le coup de crayon gras rehaussant une peinture à l'acrylique de ses vibrations furtives jusqu'à la construction composite en ronde bosse, ce terrain est trop inégal pour être nivelé par un quelconque chapitre. Je me bornerai à exposer ma propre expérience du genre.

Technique mixte d'un peintre contemporain

Cette grande peinture sur toile est exécutée avec une technique mixte. Je suis venu à la peinture à l'huile pour des raisons de formats. La peinture à l'eau classique, gouache et aquarelle , ne permettait pas la fresque: le grand format. Parvenu à mes fins, c'est à dire à traduire ce qui semble faire mon inspiration sinon mon style, en des termes équivalents pour des sensations comparables, j'ai eu envie d'explorer ce qu'aucune des deux techniques, ni à l'eau ni à l'huile, ne permettait vraiment: la matière - pour son épaisseur. La sensation d'un graphisme qui ne soit pas seulement un trait posé sur une surface égale me guidait. J'imaginais une gravure à grande échelle, taillée dans la matière, ciselant l'espace de la toile.

La matière pour se constituer avait besoin d'un liant acrylique. Des éléments de terre et quelques sables bretons lièrent amitié avec des pigments. Le trait, si caractéristique de mon travail , trouva rapidement sa place centrale, première: le fond fit comme toujours le tour du graphisme. La matière trouva naturellement ses mouvements et ses gestes, sans jamais chercher à passer derrière le trait. Je trouverais particulièrement malhonnête de poser mon graphisme sur un fond constitué : ce serait le mettre devant un fait accompli sans lui, alors qu'il est censé orienter ce fond, le générer même. C'est au fond de servir le graphisme, pas au trait de décorer le fond, et la matière n'a pas pour principale vocation de donner une sensation d'épaisseur ! (Autant la laisser à son état natif, comme une vulgaire trace). Dès qu'elle se pose sur la toile, elle doit vivre comme partie intégrante du projet, de l'oeuvre, au contact de ce qui la structure et l'anime.

Cette peinture sur toile doit sa matiere a une technique mixte. Les lignes combinent leur force avec le mouvement du fond. Les suites sont d'éternels débuts. Arrivé à ce stade, j'ai réduit mes formats, qui avaient rapidement dépassé 2 mètres carrés. Une autre aventure m'attendait, que la peinture acrylique avait préparé: deux puis trois puis dix couches de peinture à l'huile vinrent nourrir et enrichir la matière. Cette prolongation imprévue au départ, me permit notamment de retrouver assez précisément des couleurs dont je croyais l'aquarelle seule capable. Ce fut un bonheur ! Comme si soudain la technique s'effaçait pour libérer un espace qui était définitivement le mien...

Désormais, quand je travaille à mes esquisses, je ne peux présumer ni du format, ni du support, ni de la technique qui les concrétisera en un sujet achevé. Cette sorte de doute me met paradoxalement à l'aise: je ne me préoccupe que de la forme en soi, jusqu'à ce qu'elle me raconte ses couleurs, ses matières, ses ambitions... Cette chose se produit quand la forme, la structure, a trouvé son sens et démontre son identité.

Comme mon propre exemple le montre, il n'y a pas de technique mixte absolue. Toutes sont affaire d'artistes, de personnes et de particularités. Les trucs et petites inventions doivent s'effacer devant ce qui compte vraiment: la création. Je suis très étonné par l'attitude de protectionnisme de nombre de mes collègues et amis, quand ils gardent jalousement leurs "petits secrets de matières", alors que seul leur talent les protège! Que vaut une matière sans une main pour lui donner vie ? Un sourire : peut-être; une oraison : parfois; un soupir : le plus souvent.