|
© Yvo Jacquier
Les rapports sulfureux entre l'aquarelle et la peinture à l'huile
On oppose peinture à l'eau et peinture à l'huile, éventuellement l'acrylique, en lieu et place d'une autre opposition: celle des supports. La toile et le bois d'une part, le papier d'autre part. Pour preuve: une huile sur papier aura approximativement le statut d'une gouache.
Le vrai handicap de l'aquarelle est dans la limite de ses formats, que complique encore le poids de l'encadrement. Cette supériorité vaut à la peinture de ne pas préciser qu'elle est à l'huile: on dit "peinture", tout simplement. L'utilisation de l'aquarelle comme technique d'ébauche renforce son statut d'antichambre de la peinture à l'huile.
Or tout est dans tout, particulièrement dans l'aquarelle. Tous les aspects de la peinture y sont résolus en un seul geste, comme si le mouvement de l'aquarelle résumait celui de la peinture à l'huile. Les peintres qui pratiquent les deux techniques le savent. La maîtrise de l'aquarelle est un atout incomparable pour aborder la peinture à l'huile. Quand à l'acrylique, c'est aussi une peinture à l'eau!
Avec Rubens, les blancs en pâte ont pris le pouvoir face aux réserves célestes des maîtres classiques, qui tenaient à ce que la lumière divine traversât leur tableau. Rembrandt calma provisoirement les flots d'encre qui coulaient sur ce sujet, en proposant des clairs obscurs juxtaposés à de magiques rehauts de blanc.
L'aquarelliste et la lumière
Quand l'aquarelliste aborde la peinture, la lumière du fond est déjà son art. La première liberté qu'il exploite est dans cette antériorité. Viennent ensuite la préoccupation des formats, du graphisme et de la matière. Pour ma part, la transition fut très brève : à peine quelques mois. Je ne pouvais pas entreprendre des oeuvres à l'eau de plus de deux mètres carrés...

Les passages successifs de l'aquarelle sont devenus glacis - leur alchimie repose sur les mêmes intuitions. Les mélanges de matières comme l'encre et la gouache se sont traduits par des techniques mixtes - huile et acrylique. J'ai retrouvé les mêmes sensations, les mêmes choix, la même énergie potentielle. En amont, les esquisses préparatoires sont strictement les mêmes, et en aval les clients, le public, qualifient mon travail dans les mêmes termes.
En tant que peintre je peux témoigner : il n'y a pas d'opposition naturelle entre les deux techniques de peinture, à l'eau et à l'huile.
|