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© Yvo Jacquier
Des galeries aux foires et salons
Les premiers marchands d'oeuvres d'art sont souvent des collectionneurs, qui trouvent là le moyen de se nourrir de leur passion. Tout le monde a la nostalgie de cette époque, quand une relation de type familiale unissait artistes, galiéristes et acheteurs. De nombreux films ont cherché à retracer ce climat - le dernier en date est le très beau "Modigliani". Comme marchands d'oeuvres d'art, on peut citer Kahnweiler, Vollard et Maeght. Ils sont entré dans l'histoire au cotés des illustres artistes qu'ils défendaient, du Cubisme au Surréalisme .
Les prix ont monté et deviennent cote - terme emprunté à la bourse. Le marché s'étoffe, se structure. Un second marché apparaît - celui des ventes publiques, qui sert immédiatement de baromètre au premier. On peut y établir, ou y régler ses comptes : concernant des artistes aussi modernes que contemporains, on ne peut s'attendre à la douce tranquillité qui caractérise les morts... Les marchands d'art apprennent à surveiller les salles des ventes, parfois même à s'en inspirer.
Du marchand au art dealer
Ce système stable ne subit que très peu l'influence du pouvoir. Le régime Nazi s'en offusque et réagit violemment. Tout au long du 20ème siècle, le marchand d'art dirige le marché, l'anticipe et le régule. Les boutiques sont désormais grandes galeries. Leurs références font les cotes. L'artiste est sous contrat, presque en sécurité...
Pourtant, très lentement, la société évolue. La population des peintres amateurs augmente plus vite que les cimaises dans les galeries qu'ils envahissent. Les loisirs produisent plus de concurrence que d'attention envers les oeuvres d'art telles que les conçoivent encore les marchands. Si une certaine hiérarchie de valeurs subsiste, la réceptivité du public devient capricieuse et précaire. L'art se démocratise pendant que la 'société de progrès' envahit l'imaginaire de slogans et d'informations. Pour répondre à cette dérive, la marchand entre dans la clandestinité. Il retrouve ses clients directement chez eux ou dans quelque salon privé, à l'abri de la foule. Il devient art dealer.
L'évolution du statut de marchand d'art
Quand elle se révèle, la crise ne fait que constater l'évolution du marché de l'art, qui se traduit par cette boutade: quand on parle de marché public, c'est du marché institutionnel. Quand on parle de marché privé, c'est celui d'un salon privé.
Le marchand d'art agit désormais sur trois espaces: les salons privés, les salles des ventes, et enfin les salons et foires internationales. Les grandes vitrines sont de plus en plus prestigieux alibis. En fait, toute l'action se passe dans l'intimité de petits cercles décisionnaires, loin des vernissages classiques, et sur les carrefours éphémères des grands rassemblements. |